Jolie Môme : Analyse du chef d'oeuvre de Léo Ferré

Par Gilles Farina-Vallé
Le 12 juillet 2023
5 mins

Il y a trente ans déjà disparaissait l’un des plus grands poètes de la chanson française. En effet, le 14 juillet 1993, Léo Ferré laissait derrière lui une œuvre populaire avec de grandes chansons comme « C’est extra« , « Avec le temps » et bien évidemment « Jolie Môme« . Découvrons ensemble cette mystérieuse « pauvre petite fleur », symbole de beauté et de volatilité…

Une incroyable beauté

Qui est vraiment cette Jolie Môme ? L’avons-nous un jour croisé dans nos vies ? Sans aucun doute ! En effet, Léo Ferré nous décrit tout au long de la chanson une jolie fille rayonnante. On se doute qu’elle plaise aux hommes, par la « rue qu’est maboule » elle qui est en proie au dégel des amants. De plus, Léo Ferré qualifie bien souvent cette jeune fille comme étant une « petite fleur ». Or, la caractéristique principale d’une fleur s’inscrit dans son incroyable beauté et… son indissociable fragilité.

Au passage, le terme « Môme » signifie ici jeune fille, petite amie ou maîtresse et non le synonyme d’enfant.

Ainsi, on comprend que cette Jolie Môme jouit de charmes exceptionnels, ne laissant pas les hommes indifférents. À l’image d’une sirène attirant l’équipage d’Ulysse, la Jolie Môme plaît grâce à sa beauté qui la dépasse.

T’es qu’une fleur de printemps
Qui s’fout d’l’heure et du temps
T’es qu’une rose éclatée
Que l’on pose à côté, jolie môme

Mais cette beauté cache cependant un autre aspect de cette fille fraiche et rayonnante…

Un amour volatil

Sous sa magnifique paire de mirettes, la Jolie Môme cache en réalité une part plus sombre. En effet, tout au long de la chanson, les descriptions glorifiantes sont mises en opposition avec des images beaucoup plus sombres.

Par exemple, dès le second couplet, on comprend que sa vie n’est pas que beauté, mais également souffrance. Quand le « Rimel fou l’camp », Ferré explique que c’est le dégel des amants. Or, si l’on s’intéresse à ses deux images, on saisit ce que l’artiste a certainement voulu dire ici. Le point commun entre le Rimel et le dégel ? Ils coulent tous les deux ! Ainsi, la Jolie Môme pleure à mesure des hommes qui passent entre ses bras.

En effet, au cours de cette chanson d’apparence joyeuse, on remarque que cette « pauvre petite fleur » est malmenée par ses amants de passage… On l’écarte au jour venu, on ne la considère plus au matin, tant de vers pour décrire les tourments de cette fille.

Pire encore, on comprend qu’elle est parfois violentée dans un texte d’un glaçant au second niveau de lecture :

Ta barrière de frou-frous
Faut s’la faire mais c’est doux, jolie môme
Ta violette est l’violon
Qu’on violente et c’est bon, jolie môme

T’es qu’une fleur de passe-temps
Qui s’fout d’l’heure et du temps
T’es qu’une étoile d’amour
Qu’on entoile aux beaux jours, jolie môme

Ainsi, on comprend que la Jolie Môme souffre dans les bras des amants qu’elle séduit. Sa joie de vivre se meurt à mesure qu’elle pose ses baisers pointus sur les ses amants. Car oui, la beauté et l’insouciance de la Jolie Môme sont certainement malmenées par ceux qui la considèrent seulement comme « une femme à r’passer quand leur âme est froissée ».

Un texte à double sens ?

Alors, on comprend que la chanson atteint une autre dimension si l’on considère cette Jolie Môme comme un mélange entre une beauté insouciante et une souffrance inhérente. « Au Poker des conquêtes », la fille se cogne à la vie, au prix de son bonheur.

Jolie Môme révèle tout le talent de Léo Ferré. En somme, cette chanson se résume en une poésie d’une finesse (et d’une noirceur) inégalable sur une musique joyeuse et entrainante.

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