L'an mil, l'une des plus grandes chanson de Michel Sardou

Par Gilles Farina-Vallé
Le 8 octobre 2022
6 mins

Elle est certainement l’une des chansons les plus puissantes jamais écrites. Un texte riche en images et en illustrations sur une époque peu connue. Une mélodie à couper le souffle nous plongeant à l’intérieur de l’une de ces cathédrales millénaires. Vous l’aurez compris, revenons aujourd’hui sur l’An Mil de Michel Sardou, chanson de tous les superlatifs…

Sardou – Barret : Une collaboration fructueuse

Nous sommes en octobre 1983 lorsque l’An Mil paraît sur l’album Vladimir Illitch. Michel Sardou a l’idée d’écrire une grande chanson de scène. Le thème lui vient après une rencontre avec le PDG d’Europe 1 Pierre Barret. Ce dernier a participé à l’écriture d’un livre Se je t’oublie Jérusalem. Après sa lecture, le chanteur est inspiré, il commence à écrire :

Des cathédrales, crevant le ciel comme des épées…

Sardou est inspiré, il va décrire le basculement d’un monde. Ou plutôt de deux mondes ! En effet, le premier couplet met en exergue le basculement du premier au second millénaire, tandis que le second couplet fait directement écho à l’époque contemporaine.

Ainsi, dans le premier couplet nous sommes plongés dans un moyen âge fait de cathédrales, de crucifix et de colère divine… L’apocalypse approche lentement face à ce changement de millénaire. Tout est réussi. Le texte nous transporte dans cette ambiance effrayante, soutenu par les synthétiseurs jouant les notes d’un orgue.

Notons cependant une petite erreur de temporalité. En effet, les cathédrales et leurs flèches telles que nous les connaissons n’apparaissent que plusieurs siècles après. Qu’importe, pour Michel Sardou, l’objectif est de plonger les spectateurs dans cette ambiance moyenâgeuse.

Soulignons également la réticence de Pierre Barret sur le termes « Milliers de races humaines ». Sardou lui, souhaite la conserver pour la rime et la sonorité. Pour Barret, c’est une aberration, il n’y a qu’une race humaine… Difficile de donner raison ou tort à l’un des deux…

Des chevaux fous et des milliers de races humaines
Lancés sur nous du plus profond de la Bohême.

Quoi qu’il en soit, la tragédie annoncée du premier millénaire n’est rien face à celle que Sardou chantera dans le second couplet.

L’écho à la société actuelle

Le passage du premier couplet au second est magistral. Roger Loubet l’arrangeur a composé le pont en s’inspirant du Dies Irae de Berlioz. Nous traversons les décentes d’orgue comme nous traversons les siècles pour arriver jusqu’en 1983.

C’était la fin du millénaire
Aux horloges de la chrétienté
L’apocalypse avant l’hiver
L’arrivée du Dies Irae

Les horloges de la chrétienté ont épargné les hommes du premier millénaire mais vont-elles sauver les âmes du 20e siècle ?

Le temps a passé sur les plaines… Les crucifix rouillent et les cathédrales se transforment peu a peu en maisons. Pourtant rien n’a changé pour les hommes. La haine et la guerre sont toujours étroitement liées aux civilisations. Les sorcières ne sont plus brulées mais les hommes sont emmurés dans ce que l’on appelle la modernité. Les peurs raisonnent encore des siècles passés, la religion est toujours là, rien n’a changé. De plus, l’apocalypse ne serait pas provoquée par des rois enfants ou méchants. Non, à l’aube du nouveau millénaire, c’est le peuple qui a la parole. C’est lui qui pille la terre, gaspille les ressources et sème la fureur et la haine :

Des fumées noires au ciel assassinent l’été
Des villes sombres emmurent des hommes prisonniers

Ce basculement de temps, l’accélération du tempo, la symétrie des couplets renforcent la puissance de cette chanson. Une puissance qui se retrouve sur le 33T mais aussi et surtout sur scène…

Une grande chanson de scène : Bercy 2001

Nous sommes entre le 13 janvier et le 5 février 2001 au Palais de Paris Bercy. Michel Sardou est filmé devant une salle comble au centre de la scène. Quand vient l’An mil, deux immenses crucifix se dressent et s’embrasent lorsque le chanteur prononce leurs noms. Un tableau grandiose ou Sardou pose le décor. S’en suit un jeu de lumière incroyable aux rythmes des synthétiseurs. Les flammes jaillissent une dernière fois. Le chanteur entame le second couplet, il entre dans la modernité.

Ainsi, la version de 2001 est certainement la plus mise en scène de son répertoire. Une chanson qui comporte tous les ingrédients pour s’inscrire à la perfection dans les chansons conçues pour les grands concerts…

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