Michel Mallory raconte Johnny Hallyday sur Melody Radio
Invité de Gilles Farina-Vallé sur Melody Radio, Michel Mallory revient sur son livre consacré à “Toute la musique que j’aime”. Pendant cet entretien, le parolier raconte la naissance de ce titre devenu mythique, mais aussi cinquante ans d’amitié avec Johnny Hallyday. Une interview forte, drôle et émouvante, à retrouver en podcast et sur YouTube.
Il y a des chansons qui ne ressemblent à aucune autre. Des chansons qui deviennent plus que des succès : des signatures. Toute la musique que j’aime fait partie de celles-là.

Dès les premières notes, le blues s’installe. Puis la voix de Johnny Hallyday arrive, puissante, habitée, presque confessionnelle. Mais derrière ce titre devenu incontournable dans le répertoire du Taulier, il y a une histoire. Une histoire de nuit blanche, de guitare, de studio, de trac, de champagne… et surtout d’amitié.
Cette histoire, Michel Mallory la raconte dans son livre La véritable histoire de La musique que j’aime, paru chez Talent Éditions. Il la raconte aussi au micro de Gilles Farina-Vallé, sur Melody Radio, dans un entretien où l’on découvre un Johnny intime, loin de la légende figée.
Johnny, l’ami avant l’idole
On a beaucoup raconté Johnny Hallyday : les stades, les excès, les concerts, les disques d’or, les amours et les blessures. Michel Mallory, lui, parle d’un autre Johnny. Celui des cuisines, des chambres d’hôtel, des studios et des confidences. Celui qui pouvait appeler à quatre heures du matin, rire comme un gamin ou se taire pendant de longues minutes.
Dans cet entretien, Michel Mallory ne cherche pas à entretenir le mythe. Il raconte Jean-Philippe, son ami de cinquante ans. Un homme drôle, fragile, instinctif, généreux, parfois inquiet, mais toujours entier.
Le livre est préfacé par David Hallyday. Un signe fort pour Michel Mallory, qui explique que David y a retrouvé le père qu’il connaissait. Plus qu’un livre sur une chanson, La véritable histoire de La musique que j’aime est donc aussi un livre sur l’amitié, la fidélité et la mémoire.
Une rencontre presque irréelle
La première rencontre entre Michel Mallory et Johnny Hallyday ressemble déjà à une scène de cinéma. Le jeune auteur doit adapter une chanson, Salvation, qui deviendra Sauvez-moi. Il travaille toute la nuit pour rendre le texte dès le lendemain matin. En arrivant chez Johnny, il pense simplement déposer ses paroles. Mais rien ne se passe comme prévu : Johnny le prend d’abord pour le plombier et lui montre un robinet qui fonctionne mal. La scène est drôle, improbable, presque absurde.
Puis Johnny lit le texte. Il affirme qu’il n’y a pas le bon nombre de pieds. Mallory sait que si. Alors, pour le prouver, il propose de la chanter. Il est dix heures du matin, il n’a pas dormi, et il se retrouve à chanter devant Johnny Hallyday. Johnny écoute. Il comprend. Il fait venir des musiciens. La chanson prend vie. Et quand Johnny se met lui aussi à chanter, Michel Mallory découvre sa force : Johnny ne chantait pas seulement les chansons, il les habitait.
Ce jour-là, Mallory pensait rester quelques minutes. Il restera une semaine. Et une amitié de cinquante ans commencera.
La naissance de “Toute la musique que j’aime”
L’histoire de Toute la musique que j’aime commence vraiment en 1972. Johnny appelle Michel Mallory à dix heures du matin. Un horaire inhabituel, presque inquiétant. Mallory comprend que quelque chose ne va pas.
Il le retrouve dans sa cuisine. Johnny est marqué, silencieux, une cigarette à la main. Sylvie Vartan s’en va, le Johnny Circus a été un échec, et le chanteur veut reconquérir son public. Il veut redevenir numéro un. Mais il ne veut pas refaire une chanson à la Que je t’aime. Il veut surprendre. Alors il demande à Michel Mallory d’écrire un blues. Un vrai blues. Une chanson qui dirait son amour autrement, avec la musique qu’ils aiment tous les deux.
Mallory part ensuite en Corse. Une nuit, dans la maison où il est né, une mélodie le réveille. Il prend la vieille guitare de son père, pose ses doigts sur un accord de mi, et les premières mesures arrivent. Plus tard, Johnny chantera toujours cette chanson en mi. Comme si tout était déjà là.
De retour à Paris, Michel Mallory joue la mélodie à Johnny dans une suite d’hôtel. Il n’a pas encore de texte, seulement la musique. Johnny écoute, propose une modification, sent qu’ils tiennent quelque chose. Il explique alors ce qu’il veut : mélanger le blues originel, celui des champs de coton, avec le blues de sa propre vie.
Quelques minutes plus tard, dans sa Renault 12, Mallory sort un carnet et écrit le texte de Toute la musique que j’aime en dix minutes. Pas une ébauche : le texte définitif. Il remonte voir Johnny, lui chante les paroles, et l’aventure commence.
Le trac de Johnny à Londres
Quelques jours plus tard, Johnny Hallyday et Michel Mallory partent enregistrer à Londres. Autour d’eux, des musiciens exceptionnels et Chris Kimsey à la console. Mais au moment d’enregistrer, Johnny n’est pas comme d’habitude. Il a le trac.
Un vrai trac. Parce que Toute la musique que j’aime n’est pas une chanson comme les autres. Ce n’est pas un rock. C’est un blues. Et dans un blues, on ne peut pas tricher. Johnny décide d’enregistrer en direct avec les musiciens. En une prise. Juste avant d’entrer dans le studio, il demande à Michel Mallory de ne surtout pas l’arrêter, même s’il se trompe, même s’il est faux, même s’il n’est pas dans le tempo. Il veut aller jusqu’au bout. Puis il chante.
Michel Mallory raconte un moment suspendu. La voix de Johnny se pose sur le riff, puis monte, gagne en intensité, en puissance, en vérité. Dans le studio, tout le monde comprend qu’il se passe quelque chose. Johnny ose tout. Il ne se trompe pas. Il est habité.
La chanson dure près de six minutes. Beaucoup trop long pour les radios de l’époque. Mais peu importe. Le moment est là.
Une chanson devenue signature
À sa sortie, Toute la musique que j’aime n’est pourtant pas immédiatement comprise par la maison de disques. Le titre est jugé trop long, trop différent, trop risqué. Johnny, lui, y croit. Il sait que cette chanson peut toucher le public. Et il avait raison.
La radio s’en empare. Le titre devient une déferlante. Avec les années, Toute la musique que j’aime devient l’une des chansons les plus fortes de Johnny Hallyday, une véritable empreinte musicale. Michel Mallory rappelle d’ailleurs combien Johnny s’est impliqué dans sa création. L’idée du blues vient de lui. L’envie de mêler le blues originel au blues de sa vie vient de lui. Son interprétation, évidemment, fait le reste.
Plus tard, Johnny dira souvent à Mallory que cette chanson faisait partie des plus beaux cadeaux qu’on lui ait faits.
Le silence du chagrin
Dans l’entretien, Michel Mallory parle aussi de l’absence. Il savait que Johnny était malade, mais il n’imaginait pas à quel point sa disparition allait le bouleverser. Après la mort de son ami, il choisit de se taire. Par pudeur. Par fidélité. Pour ne pas transformer son chagrin en spectacle.
Il reprend alors cette phrase de Jacques Dutronc, qui résume tout : “Mon silence a été à la hauteur de mon chagrin.”
Au micro de Gilles Farina-Vallé, Michel Mallory ne raconte pas seulement la naissance de Toute la musique que j’aime. Il raconte un homme, une amitié, une confiance. Il raconte Johnny Hallyday derrière le mythe : Jean-Philippe, le pote, le frère de cœur.
L’entretien avec Michel Mallory est à retrouver en podcast sur Melody Radio et en vidéo sur YouTube.