Le Sud – Le tube que Nino Ferrer n’a jamais vraiment voulu enregistrer

Par Gilles Farina-Vallé
Le 6 mai 2026
5 mins
Le Sud – Le tube que Nino Ferrer n’a jamais vraiment voulu enregistrer
Le Sud – Le tube que Nino Ferrer n’a jamais vraiment voulu enregistrer

Avec « Le Sud », Nino Ferrer signe en 1975 l’une des chansons les plus populaires de la variété française. Pourtant, derrière ce titre devenu culte, se cache une histoire de tensions artistiques et de compromis. Melody Radio revient sur ce morceau intemporel.

Une chanson née loin de la variété française

Il y a des chansons qui ressemblent à des cartes postales. Et puis il y a celles qui deviennent des paysages à elles seules. « Le Sud » fait partie de celles-là. Quelques notes suffisent pour voir apparaître les cyprès, les grandes maisons blanches, la chaleur de l’été et cet « endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie ». Une chanson entrée dans la mémoire collective… alors même que son auteur a longtemps souffert de son succès.

À l’origine pourtant, « Le Sud » ne s’appelle pas « Le Sud ». La chanson porte un autre nom : « South ». Et surtout, elle est entièrement écrite en anglais. Au début des années 70, Nino Ferrer veut tourner la page de ses succès populaires comme « Mirza » ou « Les Cornichons ». Il écoute énormément Neil Young, notamment l’album Harvest, et rêve d’une musique plus libre, plus anglo-saxonne, influencée par la soul, le folk et le funk.

Installé dans sa propriété de La Martinière, en région parisienne, il compose « South » comme une évocation rêvée d’un ailleurs. Un mélange de souvenirs d’enfance, d’Italie, de Nouvelle-Calédonie et de nature fantasmée. Le morceau est enregistré en 1973 aux mythiques Trident Studios à Londres, avec une production ample et aérienne, inspirée aussi bien des The Beatles que de T. Rex. La chanson ouvre alors l’album Nino and Radiah, disque ambitieux entièrement chanté en anglais.

Le succès qu’il redoutait

Mais la maison de disques CBS intervient. Elle accepte de sortir l’album… à une condition : il faut une version française du morceau pour en faire un 45 tours plus accessible au grand public. Nino Ferrer refuse d’abord catégoriquement. Lui veut être reconnu comme un musicien complet, pas comme un simple chanteur de variétés. Il parle même de ses albums comme « d’opéras en quarante minutes ». Pourtant, il finit par céder.

En réalité, les paroles françaises existaient déjà. « C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie… » Tout était là depuis le début. Mais l’enregistrement du « Sud » en français se déroule dans une ambiance tendue au studio de Bernard Estardy. Nino Ferrer supporte mal l’orientation plus variété donnée au morceau. Au point que le mixage final sera terminé sans lui.

Et puis, en 1975, le disque sort. Et là, tout bascule. « Le Sud » devient numéro un des ventes en France et s’écoule à plus de 600 000 exemplaires. La chanson envahit les radios, les départs en vacances et les souvenirs d’été. Ironie douloureuse : ce morceau qu’il ne voulait presque pas enregistrer devient celui qui définira toute sa carrière auprès du grand public.

Une nostalgie devenue éternelle

Avec le temps, « Le Sud » a fini par dépasser son auteur. Parce qu’il ne parle pas seulement d’un lieu. Il évoque surtout un souvenir idéal, un paradis perdu que chacun reconstruit dans sa tête. Une terre imaginaire où le soleil semble éternel. Derrière la douceur de la mélodie se cache d’ailleurs une mélancolie discrète, celle d’un bonheur déjà passé au moment même où il est chanté.

Des années plus tard, Nino Ferrer avouera avoir souffert du succès du morceau, obligé de le chanter « à toutes les sauces ». Comme si cette chanson avait fini par masquer le reste de son œuvre. Pourtant, rares sont les artistes capables d’écrire un titre devenu aussi universel.

« Une chanson comme ça, on n’en écrit qu’une dans une vie », dira-t-il un jour.

Et il avait probablement raison.

Retrouvez Melody Radio en direct ici : https://player.melody.tv/melody-radio