Fabrice sur Melody Radio : "La radio m’a donné la liberté"

Par Gilles Farina-Vallé
Le 4 juin 2026
17 mins
Fabrice sur Melody Radio : "La radio m’a donné la liberté"
Fabrice sur Melody Radio : "La radio m’a donné la liberté"

À l’occasion de la Fête de la Radio, Melody Radio a retrouvé l’une des grandes voix populaires du paysage audiovisuel français : Fabrice. Des débuts à Radio Luxembourg à La Case Trésor, de La Classe aux Grosses Têtes, l’animateur s’est confié au micro de Gilles Farina-Vallé sur une vie de radio, d’improvisation, de public et de souvenirs. Une interview pleine de tendresse, d’humour et d’émotion.

Une voix, un micro, une vie de radio

Il y a des voix qui ne disparaissent jamais vraiment. Elles restent quelque part dans la mémoire collective. Fabrice fait partie de celles-là. Une voix de radio, de jeu, de proximité. Une voix qui a accompagné des millions d’auditeurs pendant plusieurs décennies, avec ce mélange de décontraction, de malice et d’élégance populaire.

Invité de Melody Radio à l’occasion de la Fête de la Radio, Fabrice est revenu sur ce lien si particulier avec le micro. Quand on lui demande ce que le mot “radio” lui évoque en premier, l’image vient simplement : « un studio, le micro, l’envie de parler au public ». Pas de grande phrase, pas de nostalgie fabriquée. Juste l’essentiel : le plaisir de s’adresser à ceux qui écoutent.

Pourtant, rien n’était écrit d’avance. Fabrice le reconnaît avec son humour coutumier : il n’avait “strictement aucune vocation”. Avant la radio, il y a l’incertitude, les études qui ne mènent pas vraiment quelque part, l’angoisse de ne pas savoir ce qu’il deviendra. Et puis, comme souvent dans les belles histoires de radio, il y a le hasard. Ou le destin.

De Radio Luxembourg à RTL : « la chance de ma vie »

Avant de devenir RTL, la station s’appelle encore Radio Luxembourg. C’est là que Fabrice fait ses débuts en 1965. Il se souvient d’un jeune homme un peu « hagard », impressionné, naïf aussi, engagé après une rencontre étonnante avec un homme qui se présente comme le futur patron de la station. L’histoire est presque trop belle : l’homme en question ne deviendra pas le grand patron annoncé, mais il ouvrira tout de même à Fabrice la porte de la maison RTL.

Une porte qui changera sa vie.

« Ça a été la chance de ma vie, c’est sûr », confie-t-il dans l’interview. Une phrase qui résume à elle seule le rapport de Fabrice à cette grande maison de radio : de la reconnaissance, une forme de pudeur, et l’impression d’avoir trouvé là le lieu où il pouvait être lui-même.

Ses premières émissions se déroulent le soir, entre 22 heures et minuit. Il programme des disques, découvre le métier, apprend à parler aux auditeurs. Rien n’est encore totalement maîtrisé, mais tout se met en place. La radio, peu à peu, le fait grandir. Il dit même que c’est ce métier qui l’a « fait mûrir ». Une phrase touchante pour celui qui deviendra ensuite l’un des animateurs les plus familiers du pays.

Aznavour, les Beatles et la découverte de la chanson

Fabrice ne vient pas à la radio avec une passion immédiate pour la chanson populaire. Au départ, il aime surtout le jazz, la musique classique. Comme beaucoup de gens de sa génération, il avoue avoir parfois regardé la chanson avec une certaine distance, presque avec mépris. Puis un soir, il voit Charles Aznavour sur scène à l’Olympia.

Et là, quelque chose bascule.

Face à Aznavour, Fabrice comprend que la chanson peut être un art total. Une histoire courte, intense, ramassée en quelques minutes. « Une petite dramatique en trois minutes », dit-il. Il découvre la puissance d’écriture, la précision musicale, la manière dont un chanteur peut tenir une salle et raconter une vie en quelques couplets.

Puis arrivent les Beatles. Pour Fabrice, musicien de sensibilité, la révolution est évidente. Il insiste sur leur sens de la mélodie, leur recherche musicale, leur suprématie dans les années 60. Même les Rolling Stones, qu’il apprécie, ne viennent pas ébranler cette préférence. Pour lui, les Beatles restent à part.

Cette double révélation, Aznavour côté chanson française, les Beatles côté pop internationale, raconte aussi l’évolution d’une époque. RTL devient alors un carrefour entre les artistes, les auditeurs, les animateurs et les nouveautés musicales. Et Fabrice, au micro, se transforme en passeur.

La Case Trésor : le public comme plus beau souvenir

Pour toute une génération, Fabrice reste indissociable des grands jeux radiophoniques. Parmi eux, La Case Trésor occupe une place particulière. L’émission rencontre un succès considérable. Fabrice se souvient avoir parfois atteint les dix millions d’auditeurs, un chiffre qui paraît aujourd’hui presque irréel dans un paysage médiatique fragmenté.

Mais ce qui le marque le plus, ce ne sont pas seulement les audiences. C’est le public.

Fabrice le dit sans détour : la rencontre avec le public a été « la surprise la plus extraordinaire » de son métier. Être en direct, sur scène, devant les auditeurs, sentir une salle réagir, rire, vibrer, c’était pour lui une forme de drogue joyeuse. La première fois qu’un public rit, il découvre une complicité immédiate, presque physique.

Dans les jeux, il ne s’agissait pas seulement de poser des questions ou de faire gagner des cadeaux. Il fallait mettre les candidats à l’aise, les soutenir, les accompagner. Fabrice se voyait comme un allié du public. Il voulait que les gens passent un bon moment, qu’ils se sentent protégés, compris, jamais ridiculisés.

Cette attitude, il l’appliquait aussi aux artistes. Il le dit clairement : il n’a jamais voulu être désagréable avec eux à l’antenne. Son rôle était de les recevoir, de les aider, de les mettre en valeur. Une conception de la radio qui paraît presque ancienne aujourd’hui, mais qui explique peut-être la fidélité du public : chez Fabrice, la bienveillance n’était pas un slogan, c’était une façon de travailler.

La Classe, Sophie Garel et le goût de l’improvisation

Fabrice, c’est aussi la télévision, notamment avec La Classe, émission culte où de nombreux humoristes et comédiens viennent faire leurs armes. Il y découvre des talents en direct, souvent sans savoir à l’avance ce qui va réellement se passer. Une conduite, des noms, des passages au tableau, puis l’improvisation.

Et c’est là que Fabrice se sent chez lui.

Il reconnaît d’ailleurs avoir compris tardivement qu’il aurait peut-être voulu être acteur. Sur scène, au micro, dans les émissions en public, il distribuait des rôles, donnait des surnoms, créait des situations. Sans vraiment y penser, il faisait du théâtre. Un théâtre radiophonique et populaire, nourri par l’instant.

Dans l’interview, un moment particulièrement émouvant est consacré à Sophie Garel, disparue récemment. Fabrice lui rend hommage avec beaucoup de tendresse. Il évoque sa fantaisie, son sens de l’improvisation, son autodérision, sa drôlerie naturelle. Entre eux, il y avait un vrai duo de radio, une complicité rare, faite de rires, de réparties et d’une absence totale de prétention.

Il se souvient d’une femme qui ne se laissait pas griser par la lumière. La « gloriole » du métier, dit-il, ne l’intéressait pas. Ce qu’elle aimait, c’était s’amuser, parler aux gens, rire avec le public. Et aussi, tout simplement, vivre sa vie, cuisiner, recevoir, être entourée des siens.

Dans la bouche de Fabrice, l’hommage est pudique, mais profondément affectueux. On sent que derrière les souvenirs d’antenne, il y a une vraie peine.

Claude François : le choc d’une disparition à l’antenne

Parmi les souvenirs forts de sa carrière, Fabrice revient aussi sur la mort de Claude François. Il était à l’antenne lorsqu’il apprend la disparition du chanteur, un samedi de mars 1978. Le choc est immense. Fabrice connaissait Claude François, avait été invité à plusieurs reprises dans son moulin de Dannemois, où le chanteur recevait des personnalités de la radio et de la télévision.

Il raconte un Claude François très professionnel, conscient de l’importance des relations, inspiré par les États-Unis, attentif à son image comme à son réseau. Pour le jeune animateur qu’était Fabrice, ces invitations avaient quelque chose de fascinant : une vie presque « de milliardaire », un monde à part.

La nouvelle de sa mort, en direct, le laisse assommé, sonné, sidéré. Il se souvient surtout de l’enterrement à l’église d’Auteuil. Lorsque le cercueil entre dans l’église, un hurlement retentit. Un cri « inhumain », dit-il, qui glace l’assistance. L’image est forte, presque cinématographique.

Et puis, comme souvent chez Fabrice, la vie reprend ses droits dans une anecdote inattendue. Le soir même, au Parc des Princes, dans une ambiance plombée par la tristesse, un ami lance une phrase absurde et drôle, avec l’accent pied-noir : « Mieux lui que nous, non ? » Tout le monde rit malgré le chagrin. Un moment étrange, où le tragique et le comique se frôlent. Une scène que Fabrice raconte avec ce sens du récit qui a fait son charme.

Quitter RTL : choisir son dernier jour

Après trente-cinq ans de radio, Fabrice quitte la présentation régulière sur RTL autour de l’an 2000. Il parle de ce moment avec une grande mélancolie, mais sans amertume. Il explique s’y être préparé depuis longtemps. Dès le premier jour de sa carrière, il savait qu’il y aurait un dernier jour. Son souhait était simple : pouvoir le choisir plutôt que le subir.

Il sent alors que la maison souhaite renouveler ses cadres. Plutôt que de s’accrocher, il préfère accompagner ce mouvement et partir dans de bonnes conditions. Mais la dernière émission reste évidemment émouvante. Ce qui lui pèse le plus, ce n’est pas seulement de quitter un studio ou une station. C’est de se dire que le lendemain, il ne parlera plus au public.

Ce lien-là, il ne l’a jamais oublié.

On lui proposera même d’animer Les Grosses Têtes, au moment où RTL traverse une période de transition. Radiophoniquement, l’expérience aurait pu l’intéresser. Mais Fabrice a déjà fait ses choix, ses projets, et il refuse de revenir après avoir acté son départ. Il raconte cela sans rancœur, presque avec élégance : les choses se sont passées “entre gens bien élevés”.

Depuis, il revient parfois aux Grosses Têtes comme invité, auprès de Laurent Ruquier, qu’il décrit comme « absolument adorable » avec lui. Le lieu a changé — RTL n’est plus au 22 rue Bayard — mais devant un micro, certaines sensations reviennent. Surtout lorsqu’il y a du public.

Le rêve d’acteur, René Simon et le théâtre de la radio

Dans l’entretien, Fabrice évoque aussi son lien au théâtre. Son père biologique n’est autre que René Simon, fondateur du célèbre cours Simon. Une filiation singulière, qu’il raconte avec retenue. René Simon enseignait le métier d’acteur et répétait qu’il fallait trois choses pour jouer : “SAM” — santé, audace, mémoire.

Fabrice regarde ces trois lettres avec humour et lucidité. La santé, l’audace, la mémoire : il estime ne pas avoir été parfaitement armé pour devenir comédien. Et pourtant, toute sa carrière semble traversée par une forme de jeu. Il n’a peut-être pas été acteur au sens classique, mais il a fait vivre des scènes, des personnages, des dialogues, des moments de direct.

Il remarque d’ailleurs que son père improvisait pendant des heures devant un public, debout derrière un pupitre. Une image qui ressemble étrangement à celle de Fabrice lui-même à RTL. Comme si, sans le chercher, le fils avait retrouvé une partie du geste du père : parler debout, devant les gens, tenir une salle, improviser, faire rire, créer un lien.

La radio, chez Fabrice, a toujours été un art vivant.

« La radio m’a donné la liberté »

À la fin de l’entretien, la réponse tombe d’un seul mot. Quand on demande à Fabrice ce que la radio lui a apporté, il répond : La liberté.

La liberté de faire un métier qu’il aimait et de rencontrer le public. De vivre de son activité. La liberté d’improviser. La liberté aussi de redevenir, une fois le voyant rouge éteint, un homme parmi les autres. Loin du show-business, Fabrice retrouvait sa famille, ses amis, sa maison, sa vie.

Il parle de RTL comme d’une maison presque familiale. Il cite cette expression de Philippe Labro : « maman RTL ». Une formule qui, selon lui, n’était pas si folle. Dans cette maison, il dit avoir trouvé un confort psychologique, des gens de qualité, une atmosphère à laquelle il pense encore avec émotion.

Et c’est peut-être cela, finalement, que raconte cette interview : la radio comme un métier, bien sûr, mais surtout comme un lien. Un lien avec les auditeurs, les artistes, les candidats, les partenaires d’antenne, les amis. Un lien qui traverse le temps.

Fabrice a raccroché le micro régulier, mais il n’a jamais vraiment quitté la radio. Il appartient à cette génération d’animateurs pour qui parler au public était une responsabilité joyeuse. Une manière d’être présent dans la vie des gens, sans bruit, sans cynisme, avec humour et délicatesse.

À l’occasion de la Fête de la Radio, Melody Radio rend hommage à cette voix familière, à cette mémoire vivante de RTL, et à cette époque où la radio était plus qu’un média : un rendez-vous quotidien, un compagnon, une maison ouverte à tous.

Fabrice le dit lui-même en conclusion : “Pensez toujours que le public peut être votre meilleur ami.” Une phrase simple, belle, et profondément radiophonique.

À retrouver sur Melody Radio et sur Youtube !